Biennale d’art contemporain à Rabat : la femme au coeur de cet archipel

Je viens de participer à une mission économique au Maroc (avec la région bruxelloise et la Région wallonne à Casa, Rabat, Tanger), mission lors de laquelle j’ai visité l’exposition centrale de la première Biennale d’art contemporain de Rabat. Le commissariat général de cette 1re biennale a été confié à Abdelkader Damani, historien de l’art et philosophe.

Ce fut un moment magique dans la course effrénée souvent dictée aux missions économiques. Ce qui m’a spécialement intéressée c’est le choix de confier toute l’expo centrale à des artistes femmes, choix audacieux et risqué dans une société encore fort dominée par la place de l’homme, choix réfléchi dans un pays qui veut évoluer vite et qui nous a montré son dynamisme économique et son ouverture commerciale.

Les mots du commissaire de la Biennale sont très intéressants :
« Au moment où je reçois, de la part de la Fondation Nationale des Musées du Maroc, la demande de penser une Biennale à Rabat, la question fondamentale qui me préoccupe alors est celle du pourquoi. Pourquoi une énième Biennale dans le paysage bien saturé des Biennales à travers le monde ? De quelle urgence sommes-nous les héritiers pour fonder un tel évènement dans cette ville ? Et s’il fallait qu’il existe, à quoi ressemblerait ce rendez-vous de la création à l’extrême occident de la Terre – al maghrib al aqsa ?
Il faut pour définir les urgences d’un moment de création s’acquitter de ses dettes. Faire l’inventaire des regrets, celui des oublis, plus encore l’inventaire de ce qui n’a pas été dit, de ce qui n’a pas été crié à la face du monde. Ma réponse fut alors : notre dette est fondamentalement à l’égard des femmes. Et s’il faut qu’une nouvelle Biennale existe, il va falloir le courage de faire acte, je n’inviterai que des artistes femmes avec l’espoir que cette nouvelle institution demeure fidèle à son moment fondateur. Il ne s’agit pas d’une Biennale dont le sujet est la femme pas plus qu’un hymne à un art qui serait féminin, comme hâtivement les esprits coutumiers des raccourcis voudront aller sans précaution et faire à nouveau de la femme un objet de curiosité. L’ambition est ailleurs. La Biennale est, je l’espère, l’endroit pour proposer une alternative : non plus changer le monde, le transformer ou le pervertir mais prendre la décision d’en écrire un nouveau. Nous avons droit à un monde autre.« 

Superbe ! Un choix réfléchi et audacieux, une exposition forte de messages ! Evidemment, les organisateurs devront pouvoir analyser si ce choix a été compris, suivi par les citoyens, si un monde nouveau est en train de s’écrire. En tout cas, nous, nous l’avons ressenti.

Renseignement : Biennale du 24 septembre au 18 décembre 2019 – www.biennale.ma

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