« Alice et le maire » : un conte politico-philosophique

« Vous êtes la philosophe ? Je n’arrive plus à penser. J’ai toujours eu des idées et là, je n’ai plus d’idées. Je suis à court de carburant. Le moteur tourne à vide. Je n’avance que par la force de l’inertie. » « Avant les électeurs demandaient toujours plus de droits, de démocratie. Maintenant, on dirait qu’ils se méfient de la démocratie. » « Aidez-moi à prendre du recul. » Voilà quelques phrases pour résumer ce beau film de Pariser que j’ai beaucoup aimé, une certaine douceur dans le monde impitoyable et hermétique de la politique.

Ce n’est pas un chef d’oeuvre mais c’en est une esquisse. Fabrice Luchini et Anaïs Demoustier excellent. Les dialogues sont bons; la vie des cabinetards et élus politiques est croquée par quelques images bien cadrées et une intéressante mise en avant des traits de caractères. Du « bureau des idées » aux « Gloires du Lyonnais et du Beaujolais », de l’urgence de la formule qui tue à ceux qui meurent dans la rue, les spectateurs sont guidés dans les couloirs de la mairie, symboles des méandres du pouvoir.

Pendant le film, je me suis demandé à un moment quand il allait se passer quelque chose, une histoire d’amour, une intrigue,… mais rien, il ne se passe rien, enfin rien d’une trame attendue d’un film. Et c’est ce qui en fait la force. On pourrait qualifier ce film de conte politico-philosophique. Ambition et humilité, vanité et modestie, se confrontent… pour le meilleur, car la fin est belle. Pas une fin triomphante dans la réussite professionnelle, pas une fin romantique dans une histoire d’amour entre les protagonistes. La fin se réjouit des possibilités et ouvre le futur. Le maire vit, retrouve le temps de lire. Il n’est plus l’homme politique; il est « juste un homme heureux » pour reprendre William Sheller.

Je suis sortie du cinéma, touchée, proche de ce qui est vécu et montré là. Quand on décide de « prendre du recul », l’absurdité du système saute aux yeux. Une lucidité proche de la folie si on ne s’arrête pas à temps. Je terminerai en repensant à un moment du film, ce moment où le maire ne décide pas, ne donne pas le signal qu’il se lance dans la bataille présidentielle. Il attend et c’est trop tard. A-t-il attendu trop longtemps volontairement ou par erreur ? Je repense à ce mince instant, ce « kairos ». καιρὸν ἁρπάζειν : « C’est le temps de l’occasion opportune. Un moment, un point de basculement décisif, avec une notion d’un avant et d’un après au sens de Jankélévitch. « L’instant T » de l’opportunité : avant est trop tôt, et après trop tard. » 

Alors, prenez le temps et saisissez l’opportunité d’aller voir ce film…

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