Madame Spaak, un guide, une présence.

Comme pour beaucoup d’amis, ce jour est empreint de tristesse mais ce que je ressens surtout, c’est l’honneur, l’honneur d’avoir connu une grande dame, une femme d’Etat. Un sentiment qui vous fait vous tenir droite le sourire aux lèvres, qui vous permet de vous redresser dans les moments plus difficiles. J’appréciais tellement Antoinette Spaak, ses analyses, sa vivacité d’esprit et par-dessus tout son humour. Et puis ses avis, parfois cruels, sur certains mandataires…

Sa présence remonte à ma plus tendre enfance. Un jour, elle m’a raconté qu’avec mon père, ils avaient imaginé acheter ensemble – vu le prix – un tableau de Nicolas de Staël, en appliquant une garde mensuelle alternée de l’œuvre. Ils avaient beaucoup ri en imaginant les situations d’échange du précieux paquet. La raison leur avait fait abandonner cette jolie idée. Dommage… Je me souviens aussi que revenue précipitamment à Bruxelles à l’annonce du décès de mon père, Mme Spaak est passée au soir à la maison où nous étions tous, mes frères et sœurs, maman et moi. Elle était triste et inquiète pour la famille. Dans cette ruche familiale bourdonnante, nous l’avons accueillie, et peut-être rassurée, avec un Chassagne Montrachet 1970 de la cave paternelle.

Chaque rencontre était lumineuse, chaque échange intéressant. Nous nous appelions pour commenter l’actualité. Le matin de l’annonce des résultats du vote pour le Brexit, je lui ai téléphoné, imaginant sa peine et sa colère bien présentes. Elle me demandait régulièrement des nouvelles du parti et les petits potins. Souvent elle ajoutait : « Et quand vous verrez Olivier, vous lui direz…. Je ne veux pas le déranger. »

C’est à elle en premier lieu que j’ai dit mon envie d’arrêter la vie de mandataire politique. J’étais un peu gênée face à elle qui symbolisait le service indéfectible à la chose publique et je cherchais conseil. Nous sommes allées déjeuner et elle m’a dit : « Je ne vous conseillerai jamais d’arrêter mais qu’en pense votre mari ? » « Que je ne dois pas tout plaquer, que je dois poursuivre d’une manière ou d’une autre. » « C’est un homme sensé et fort gentil. Lui, ne le quittez pas en tout cas. » Dont acte.

Merci Madame Spaak, pour votre écoute, votre droiture, votre courage, l’exemple que vous resterez toujours. Quelle fierté, quel honneur d’avoir travaillé avec vous et d’avoir continué simplement à échanger. Ces moments-là vont me manquer. Terriblement.

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